
Qu'allons-nous travailler ensemble?
- Nous allons découvrir comment inventer des solutions originales
- Nous apprendrons à essayer une idée plus bizarre
- Nous verrons comment les idées des autres enrichissent les nôtres

Lucie gardait son cahier magique dans le tiroir du bureau, sous trois crayons et une chaussette célibataire. Elle disait que la chaussette montait la garde, même si Maria Teresa trouvait qu’elle dormait beaucoup.
Ce mercredi, Maria Teresa préparait une boisson sucrée en racontant la zafra, la coupe de la canne, avec ses chants et ses paniers.
—Dessine ce que tu imagines, ma puce.
Lucie ouvrit le cahier. La page frémit comme une fenêtre.

Lucie dessina un champ de cannes, un moulin rond et un chemin en ruban. Aussitôt, une brise sortit du papier, sentant le sucre chaud et l’herbe coupée. Les lignes devinrent un portail qui tournoya sans faire de bruit.
—Si je renverse le jus dans un monde magique, est-ce que ça compte comme une expérience scientifique ?
Maria Teresa rit, puis prit sa main. Ensemble, elles franchirent la page, les pieds chatouillés par des étincelles dorées.

De l’autre côté, les cannes bruissaient comme des maracas. Des maisons en papier plié bordaient un village, et un moulin chantait clac-clac en tournant. Maria Teresa montra comment les habitants célébraient la récolte en partageant histoires, gâteaux et chansons.
Lucie ajouta au ciel trois oiseaux en forme de virgules. Ils s’envolèrent aussitôt.
—Je crois que mes virgules ont pris une pause très longue, dit-elle.
Tout semblait joyeux, jusqu’à l’arrivée d’un souffle gris.

Le souffle gris devint trois Gribouilleurs, des taches d’encre grognonnes qui avalaient les couleurs du village. Le moulin ralentit. Les chansons devinrent toutes plates, comme une crêpe oubliée.
—Plus d’idées ! Tout pareil, tout gris !
Lucie voulut dessiner un cadenas autour d’eux, mais les Gribouilleurs le transformèrent en spaghetti.
Maria Teresa serra doucement son épaule.
—Quand une idée ne marche pas, on peut en essayer une plus bizarre.

Lucie réfléchit si fort qu’une mèche lui chatouilla le nez. Un piège, un mur, une gomme géante… rien ne semblait bon. Les Gribouilleurs se régalaient déjà d’un panneau rouge, devenu couleur soupe froide.
Alors Lucie observa la fête de la zafra : les tambours, les rubans, les paniers tressés.
—Et si on ne les arrêtait pas ? Si on les occupait ?
Elle dessina une scène ronde, des pinceaux-tambours et des rubans qui changeaient de motif.

La scène bondit hors du cahier avec un pouf joyeux. Les pinceaux-tambours battaient seuls, traçant des spirales de couleur à chaque rythme. Les rubans s’enroulèrent autour des Gribouilleurs, sans les serrer, puis leur proposèrent des motifs à compléter.
Un Gribouilleur hésita devant un cercle jaune.
—Tu peux inventer la suite. Même un gribouillis compte.
Le monstre ajouta trois zigzags timides. Maria Teresa applaudit.
—Voilà une danse qui ne salit presque pas les chaussures !

Mais le plus grand Gribouilleur avala d’un coup toutes les spirales. Le ciel pâlit. Le portail du cahier se mit à rétrécir, mince comme une fente de tirelire.
Lucie sentit son ventre se nouer. Elle voulait bien faire, mais aucune recette n’existait pour réparer un ciel.
Puis elle sourit, presque malgré elle.
—Alors j’invente une recette.
Elle dessina une marmite d’histoires, où chaque idée ajoutée devenait une couleur nouvelle.

Maria Teresa lança dans la marmite le souvenir des chants de zafra. Lucie ajouta un dinosaure qui savait tresser des paniers, puis une pluie de confettis parfumés à la canne. Les habitants inventèrent des refrains, des formes, des fins possibles.
La marmite déborda d’un arc-en-ciel épais. Les Gribouilleurs goûtèrent la lumière et changèrent de rythme.
—Encore des idées ! Pas toutes pareilles !
Le portail s’ouvrit grand, comme une bouche étonnée.

De retour dans la cuisine, Lucie posa le cahier avec précaution. Une petite tache arc-en-ciel resta sur son doigt, preuve que l’aventure n’avait pas rêvé toute seule.
—Alors, quelle est ta meilleure idée ?
Lucie réfléchit, puis dessina une porte avec plusieurs poignées.
—Celle qui laisse entrer les autres idées, répondit-elle.
La chaussette gardienne glissa du bureau. Lucie la ramassa en riant. Même elle semblait prête pour le prochain voyage.
Qu'avons-nous appris?
- Lucie a découvert que changer de stratégie peut ouvrir une nouvelle solution
- Lucie a appris que même un gribouillis peut devenir le début d'une idée
- Lucie a découvert que partager les idées crée des couleurs nouvelles
Questions pour réfléchir ensemble
- Comment Lucie se sent-elle quand le portail rétrécit ?
- Que ferais-tu si ton idée ne marchait pas du premier coup ?
- Comment peux-tu inviter d'autres idées dans un projet ?






