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Najib et la cité sous l'arche

Le samedi, Najib avait laissé ses copies sur la table pour explorer le bois avec Trump. Le professeur suivait le cours d’un ruisseau, notant le nom des plantes qu’il reconnaissait et photographiant celles qui lui résistaient. Trump avançait à sa façon : trois pas, un arrêt, une enquête approfondie sur une feuille.
Puis le ruisseau disparut sous une arche de pierre. Au-delà, entre les racines, Najib aperçut des rues pavées, des places et des tours anciennes. Aucune ne figurait sur sa carte.

Najib franchit l’arche ; Trump le suivit après avoir inspecté longuement le seuil. La ville semblait vide, mais l’eau circulait encore dans ses canaux. Sur les murs, des signes gravés formaient un calendrier. Najib comprit bientôt leur principe : chaque heure gagnée à l’intérieur coûterait un jour au-dehors. Son portable affichait midi, puis midi encore, malgré les minutes passées.
Trump s’assit devant une fontaine silencieuse. Najib rangea son carnet. Cette fois, il faudrait observer vite, et choisir ce qui méritait vraiment son temps.

Au centre de la ville, Najib découvrit une horloge sans aiguilles. Autour du cadran, les mêmes signes décrivaient une seconde règle : l’eau des canaux retenait la ville dans le présent. Si elle cessait de couler, les rues rejoindraient le passé et le passage sous l’arche disparaîtrait.
Un canal était presque à sec. Najib remonta son lit jusqu’à une vanne bloquée par des pierres. Trump poussa l’une d’elles de la patte, sans résultat. Najib souffla : —Merci, j’avais justement besoin d’un avis technique.

Najib posa son sac sous le levier de la vanne et pesa de tout son corps. La pierre céda avec un CRAC net. L’eau revint, d’abord mince, puis assez vive pour traverser la place. Sous les pavés, quelque chose répondit par une vibration profonde. Les signes du cadran s’éclairèrent, et Najib lut la dernière règle : avant la fin de cette heure, il devait laisser dans la ville un objet porteur d’un souvenir personnel.
Trump renifla le sac ouvert. Najib regarda son carnet.

Ce carnet contenait des années de notes prises en marchant, entre deux cours ou les soirs où réfléchir demandait de sortir. Najib aurait voulu en préserver chaque page. Il chercha une autre solution, relut les signes, suivit du doigt leurs entailles. Rien n’autorisait une copie ni la promesse de revenir.
Trump gratta le bord du cadran. Najib posa le carnet dans le creux qu’il venait de découvrir. —D’accord. Mais tu me laisses au moins retenir le chemin ? L’eau poursuivit sa course.

Najib et Trump regagnèrent l’arche tandis que les canaux résonnaient derrière eux. De l’autre côté, le ruisseau courait toujours sous les arbres. Le portable indiquait le lendemain. Najib prit une photo de l’entrée ; sur l’écran, il n’y avait que des racines et de la mousse.
Il resta un moment à écouter l’eau, puis reprit le sentier. À son prochain cours, il pourrait raconter comment une ville avait été sauvée sans montrer la moindre preuve. Trump, déjà loin devant, semblait trouver cela parfaitement raisonnable.






